A quoi espérons-nous servir ?

(texte issu d’une réflexion collective menée en avril 2006)

« Et si l’humanité était absolument ratée ? »
Henrik IBSEN (Peer Gynt)

À quoi espérons-nous servir ?

 « À qui cette question est-elle posée ? » serait-on tenté de répondre… Mais aussi « À quoi sert la Franc-maçonnerie ? À quoi servent les Francs-maçons »… On pourrait ajouter « À quoi sert l’homme ? »

La recherche de la vérité à des questions fondamentales n’amène fort heureusement aucune réponse définitive. Serions-nous pour autant confrontés à un questionnement figé dans un préalable d’impossibilité de réponse ? Faut-il servir à quelque chose de quantifiable pour être valablement reconnu ? À force de vouloir servir ne s’engage-t-on pas sur la voie de l’asservissement ? Ne faut-il alors revendiquer haut et fort le fait de ne servir à rien ? Qu’est-ce que serait ce rien ? Est-ce à dire que nous serions ainsi devenus insensibles à tout ou sensibles à rien, enfermés que nous serions dans notre Franc-maçonnerie  bien tranquilles ? Faut-il rappeler, par exemple, que la lutte des classes est plus que jamais d’actualité, que la paupérisation s’installe ou que le réchauffement d’une planète pillée est une réalité ? Alors, à quoi servons-nous ?

Pour concrétiser son projet, la Franc-maçonnerie met à la disposition de ses membres des outils symboliques et une méthodologie qui lui sont propres. La Franc-maçonnerie, il est vrai, préconise la diffusion en dehors du temple des vérités acquises. Il ne s’agit pas de divulguer le secret intransmissible de l’initiation, mais de faire connaître le champ d’investigation de nos réflexions.

Cet aspect du travail maçonnique s’appelle parfois « extériorisation ». Il s’agit d’un exercice de communication qui recouvre plusieurs aspects :

  • L’expression officielle de l’Obédience sur des sujets particuliers.
  • La consultation par les institutions de la République des instances dirigeantes de l’Obédience.
  • L’expression à l’extérieur du Temple (colloques, conférences,…).
  • Le musée, la bibliothèque, les publications…

Cette extériorisation ne saurait fournir « la réponse aux préoccupations de la société », mais des éléments de réponse prenant prioritairement en compte l’humain.

L’ensemble de ce dispositif existe.

Il reste que l’image que la Franc-maçonnerie renvoie au monde profane ne sert pas cet idéal (affaires, instabilité, incapacité chronique à mettre nos principes en application…).

Dans ces conditions, la démarche initiatique risque de pâtir de ces insuffisances. De plus, si on confondait rentabilité et utilité sociale, il faudrait alors se rendre à une évidence : « Mais, nous ne servons plus à rien ! ».

Ce serait triste.

Ne faut-il pas plutôt réinvestir la question autour des valeurs que nous souhaitons rendre intelligibles pour mieux les promouvoir ?

C’est bien là que se pose notre capacité à tenir nos distances avec le monde profane pour évoluer vers une indispensable spiritualité humaniste pour mieux résister à l’introduction de la notion d’utilité convoquée par la question soumise à notre étude.

La réflexion et le travail des Franc-maçonnerie n’est pas, et c’est heureux, une quantité mesurable par ce que le travail sur soi permettrait. Ce travail sur soi ne délivre par une vérité identique pour tous. Si cela était, nous transformerions notre démarche en dogme.

La méthode maçonnique n’ouvre pas à un quelconque appétit d’efficacité.

« À quoi servons-nous ? » ramène aux questions fondamentales que ne se posent pas seulement quelques ados mal dans leur peau, mais tout homme qui pense.

D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi sommes-nous sur Terre ? Qu’est-ce que l’homme ?

Cette dernière question occupe une place privilégiée dans la méditation philosophique. KANT la considère comme l’interrogation première de la philosophie au point que toutes les autres se ramèneraient à elle.

Pour reprendre une formule classique « la vérité ne peut contredire la vérité » et donc la recherche philosophique de la définition de l’être humain ne peut s’inscrire que dans un processus (maçonnique par exemple) qui intègre toute étape de l’évolution de l’homme comme étant intermédiaire. Aucun stade de cette démarche ne saurait donc être considéré comme définitivement achevé.

À quoi servons-nous et quel est l’endroit de cette démarche ?

Notre chantier, a-t-on coutume de dire à juste titre, demeure inachevé et c’est tant mieux. Ce qui revient à énoncer qu’il ne saurait y avoir, dès lors, de stade de notre démarche clairement défini ni surtout définitivement « achevé » et donc définissable. Il n’y a qu’une évolution constante et sensible, construite souvent (comme dans tout processus initiatique) sur un retour, sur une antériorité qui rend impossible toute tentative d’identification des étapes, d’évaluation qualitative ou quantitative, ce qui peut placer notre question dans un certain hors-champ.

L’humanité n’est pas un stade, mais une évolution, car l’humanité actuelle est-elle achevée dans sa nature, ses ambitions, ses désirs, ses missions ?

Le Franc-maçon, lui aussi, n’est pas un stade, mais une évolution, car les principes exprimés dans nos Règlements Généraux ou particuliers sont loin d’être achevés dans leur nature, leurs ambitions, leurs désirs, leurs missions et loin d’être accomplis… C’est bien en cela que le critère d’utilité énoncé par la question devient risqué.

Faudrait-il alors, sommés que nous serions de répondre à la question, nous rassurer en devenant un Rotary Club ou un Lions ? Faudrait-il impérativement devenir une association de plus dont le but est de servir ?

Il est vrai qu’il est plus que jamais nécessaire d’œuvrer en faveur de plus de clarté et de concrétisation au profit d’une action tenant nos promesses.

Mais si le maçon se veut le fils de la Lumière, la maçonnerie, elle, n’est-elle pas la fille des Lumières ?

Au XVIIIème siècle, en effet, on veut fonder sur la raison un nouvel ordre social. L’objet social veut devenir le sujet d’un monde dont il serait l’acteur. Un roy meurt. Un homme naît... « Merh licht ! ». La mort de Dieu proclamée par NIETZCHE, la perte de foi concomitante, scellent la solitude et la déréliction de l’individu. L’homme du XIXème siècle se retrouve face à son désir créateur. Ce désir est trop violent et l’homme ne sait finalement plus sur quoi, ni pour quoi l’exercer. De là, l’attraction exercée par l’imaginaire. La nature est vécue comme une nouvelle abstraction. ROUSSEAU est loin. L’industrialisation et les luttes de classes feront le reste. L’échec des grandes utopies sociales et des idéologies politiques, la montée des totalitarismes, les guerres et la Shoah plongeront l’homme du XXème siècle dans un irrémédiable éloignement d’un monde étrange qu’il comprend de moins en moins. Le vide menace à la fois la fin du XXème siècle et le début du XXIème.

Le vide se transformera-t-il en fascination ?

« À quoi espérons-nous servir ? » : c’est dire si notre question est finalement bien plus pertinente qu’il n’y paraît !

De quel côté alors devons-nous regarder pour tenter de savoir à quoi nous pourrions donc bien servir ? Du côté de la science et de la technologie ? Du côté de la création artistique, de la philosophie, de la poésie, de la culture, de la politique ? …

Sans doute, mais nous ne sommes plus aux temps du positivisme et la science ne se situe plus sur le même registre que la politique ou la morale auxquelles elle ne peut apporter ni modèles ni preuves. La philosophie contemporaine refuse de laisser croire à toute forme de promesse. La poésie semble avoir renoncé à changer la vie. La politique semble avoir de moins en moins de prise sur le réel. L’art, heureusement dégagé de toute commande religieuse ou sociale, se fait non signifiant et minimaliste.

Serions-nous, nous, Francs-Maçons, aussi désengagés à ce point ?

Certainement pas.

Il apparaît bien plutôt que nous incombe de redéfinir de nouvelles relations avec le monde, conscients de ses limites et de son histoire, de nouveaux rapports avec l’art, avec la recherche de vérités et de progrès, de nouveaux rapports avec l’Autre, ce semblable, ce frère.

Ainsi pourrions-nous prétendre ébaucher quelque chose qui ressemble à une perspective humaniste renouvelée.

On s’abstiendra, on le comprendra afin de se justifier coupablement, de dresser l’éternelle liste des Francs-maçons qui ont appliqué leurs idées à la défense de grandes causes et qui ont laissé derrière eux ce patrimoine de grandes œuvres de laïcité, de liberté, de progrès, de paix, de droits, de démocratie, d’œuvres artistiques ou philosophiques pour bien montrer que l’on peut effectivement servir à quelque chose et qu’il est devenu urgent de marcher sur les traces de ces immenses figures de l’histoire.

Le dire, c’est bien… le faire ne se décrète pas.

Il est vrai que l’on peut parfois se surprendre à regretter que les milliers de Frères et de Sœurs « polissent leur pierre » dans un silence assourdissant.

La question ne se situe pas à ce niveau, mais interroge le fond même de la Franc-maçonnerie, à savoir comment la pensée peut-elle éclairer ce rapport réciproque de l’homme avec l’être ? La question de l’humanisme et de sa spiritualité prend ici des allures de vecteurs.

Rechercher l’être de l’homme permet en effet d’aller au-delà de toutes les déterminations objectives. Mais, la relation de l’homme à l’être est réciproque, car l’homme maintient l’être et c’est l’être qui maintient l’homme et le tient dans sa disponibilité à être… lui-même.

Certains diront que cette relation ne peut s’opérer que par la médiation. D’autres, plus pragmatiques peut-être, estimeront que c’est par la voie initiatique.

« Le penseur dit l’être. Le poète nomme le sacré. Quant à savoir comment… », constate Emilio BRITO.

Mais, le présent spirituel de l’homme est le fruit du travail de la mémoire. De même, on peut estimer que la volonté convertit l’avenir en un présent sensible et que la mémoire convertit le passé en un présent spirituel. Les idées de conversion ou de religiosité de la conscience, indépendamment de toute religion déterminée, ne sont pas loin.

Mais, pour le Franc-maçon, le présent initiatique est éternel suspendu dans un temps arrêté puisque ritualisé. Le Frère ou la Sœur en devenir est ainsi conscient de lui-même. Se représenter cette conscience comme étant une conscience collective est une erreur tant cette démarche ne peut s’opérer que dans un temps individuel.

La Franc-maçonnerie permet que la conscience de soi devienne une réflexion absolue qui traverse toutes les autres consciences particulières et accomplisse ainsi son rôle émancipateur.

HEIDEGGER nous rappelle que « le commencement de la métaphysique dans la pensée de PLATON est en même temps le commencement de l’humanisme ». En ce sens, « humanisme » doit être pris ici dans sa dimension essentielle et la plus large. Il signifie le processus de pensée qui ouvre soit vers l’individu ou le membre de la communauté humaine, soit vers l’appartenance de celui-ci à un peuple, à une société, à une culture ou à certaines valeurs.

On n’est pas loin de l’anthropologie… toujours est-il que l’humanisme demeure le complice de toute quête de liberté. Le maintenir pour en transmettre les valeurs permet, à celui qui en est l’acteur, un progrès à l’infini.

Cette revendication d’esprit libre et responsable en perpétuelle construction est très présente aussi chez PLATON et ARISTOTE qui situent l’existence de l’esprit comme étant une réalité substantielle qui s’oppose à tout matérialisme et place l’intelligence de l’homme comme cause et non comme effet de l’évolution du monde ; ce que revendique, entre autre, le Franc-maçon dans son parcours initiatique.

Défier l’homme et lui dédier un culte n’est pas l’ambition des Eglises. L’histoire le montre. Humaniser Dieu jusqu’à en faire, par exemple, un Grand Architecte (qui plus est de l’Univers) participe peut-être de cette logique qui est beaucoup plus émancipatrice qu’il n’y paraît.

La Renaissance qui a donné son premier centre de l’humanisme à FLORENCE n’a pas fait autre chose en remettant à l’honneur l’étude des langues et des littératures anciennes ainsi que des sciences. Foi et spiritualité ne sont pas l’exclusivité du religieux. Elles semblent appartenir à deux domaines de perception différents : le premier est de l’ordre de la certitude et de l’assurance ancrées hors de soi alors que le second est quête, tremplin pour un voyage intérieur vers un soi-même.

Pour le Franc-maçon, la spiritualité est tout autre que la foi.

La foi est de l’ordre de la certitude. Quand on a la foi en Dieu ou en Marxisme-léninisme, on est sûr et certain que l’on croit même si on ne peut pas forcément le définir avec précision. En revanche, la spiritualité est de l’ordre de la quête d’un « je ne sais quoi ». Si « spiritualité » vient « d’esprit », force est de constater que l’esprit est un souffle, un presque rien qui fait tout. La foi est solidement ancrée tandis que la spiritualité est impossible à arrimer. Georges BATAILLE dit qu’elle est « la volonté de devenir la proie de l’inconnu ».

La spiritualité doit-elle être différenciée de la sagesse ?

Si la spiritualité peut se rapprocher parfois de l’intuition ou de la psychologie, la sagesse peut avoir des points communs avec la philosophie et l’éthique. Les Grades de sagesse en sont d’ailleurs les jardiniers familiers.

La sagesse est d’abord stoïcienne. C’est une forme de lucidité, de conscience du monde, de son évolution et peut-être de sa fin.

La spiritualité est la quête et même l’invention d’un sens pendant que la sagesse conduit à la sérénité. Georges BATAILLE nous apprend encore que « l’expérience intérieure répond à la nécessité où je suis de remettre tout en cause, sans repos admissible ». Cette expérience se veut un voyage au bout du possible, possible que les Francs-maçons adossent au mot « vérité ».

La spiritualité est différente de la mystique. La mystique est un oubli de soi dans un océan sans limites, pour évoquer ici « le sentiment océanique » de Romain ROLLAND ou de FREUD. Elle est une extase hors de soi dans une forme de contemplation dans laquelle on se perd soi-même dans le regard que l’on porte sur le vide que certains tiennent absolument à remplir avec Dieu.

La spiritualité, en revanche, est de l’ordre de l’expérience non pas dans la quête d’un au-delà, mais plutôt dans celle de soi, dans une forme d’enchantement de soi-même. Ce voyage intérieur, soutenu par un horizon initiatique, devient une sorte de pédagogie de l’altérité.

La spiritualité, quand elle se vit sans Dieu (ou sans vérité révélée) mais avec l’homme, permet de vivre et de faire vivre cette attention à ce qui se vit et s’exprime en soi alors que le maître-mot de la vie mystique est celui d’oubli et surtout d’oubli de soi.

Jusqu’au XIXème siècle, la spiritualité s’est surtout exprimée dans le giron du christianisme officiel. C’est ce christianisme, en dehors duquel il n’y a parait-il point de salut, qui l’a sauvée. Mais, un corbeau peut couver un œuf d’aigle.

Aujourd’hui, même si le bouddhisme bobo ou la kabbale made un U.S.A. semblent vouloir en être les dépositaires exclusifs, une spiritualité complètement laïcisée doit prendre son indépendance puisque le lien de cause à effet entre croyance en Dieu et spiritualité est de plus en plus fragile grâce à NIETZCHE (et à nous aussi peut-être…).

Se transformer soi-même pour transformer la société : quoi de mieux pour dire à quoi servir ?

Dans cette perspective, à quoi pourrions-nous donc bien servir sinon à promouvoir une indispensable spiritualité humaniste dont nous avons tenté ici de définir les contours ?

Qu'espérons-nous servir ?

« En intelligence, nous serions infiniment supérieurs, mais en pensée, nous serions tout juste l’égal des générations antérieures et l’égal des générations futures. Aucun privilège d’une époque sur l’autre, ni de progrès absolu (là du moins pas d’inégalités, la démocratie règne au niveau de l’espèce). Cette hypothèse nous interdit tout évolutionnisme triomphant et nous épargne aussi tout point de vue apocalyptique sur la perte du « capital symbolique » de l’espèce (ce sont les deux points de vue de l’humanisme triomphant ou déprimé), car si le stock originel d’âme ou d’intelligence naturelle, de pensée dont dispose l’humanité, est limité, il est aussi indestructible. Il y aura autant de génie, d’originalité et d’invention dans les époques futures qu’à la nôtre, mais pas davantage (ni plus ni moins que dans les époques antérieures). Cela contre deux perspectives corollaires l’une de l’autre : l’illuminisme positif (l’euphorie de l’intelligence artificielle) et le nihilisme régressif (la dépression morale et culturelle). », Jean BAUDRILLARD (Le pacte de lucidité ou l’intelligence du mal).

Les attitudes intellectuelles et morales, celles des bâtisseurs que nous voulons être, génèrent les antidotes au poison dogmatique et idéologique. Examinons deux courants spirituels qui, au cours de l’Histoire, se manifestent jusqu’à aujourd’hui sous diverses formes :

L’un veut asservir l’homme et conforter une hiérarchie de type patriarcal construite à l’image d’un ordre divin.

L’autre libère l’homme et appelle à l’abolition du système de relations humaines reposant sur la domination et la soumission de celle-ci.

Dans ce contexte, et l’Histoire le montre parfois cruellement, la F∴M∴, parce qu’elle est une société humaine, s’est souvent trouvé tiraillée. Les mythes, les contes moraux et les rituels qu’elle offre ont été trop souvent triturés jusqu’à énoncer le contraire de ce qu’ils signifient vraiment. Hermétisme, géométrie, science, mythes religieux, philosophie, positivisme… cohabitent parfois joyeusement.

Il n’en demeure pas moins de beaux restes… la distinction de l’essentiel en trois fonctions correspond aux caractères fondamentaux et à la transmission par la Franc-maçonnerie de trois stades initiatiques : artisanal, chevaleresque et sacerdotal, entrevus en Loge puis développés dans les grades qui composent les Ordres des Hauts Grades du Rite Moderne. Quoiqu’il en soit et quelque puisse être la qualité de sa transmission, la symbolique maçonnique révèle les outils de la construction de l’homme libre.

Faire passer dans les mots et les actes son rapport au réel de la cité demeure une des tâches fondamentales de la Franc-maçonnerie. L’itinéraire est tortueux, mais cette ambition peut parfois heureusement ressembler à la promenade d’un voyageur pas tout à fait solitaire dans un jardin enchanté et multicolore.

La F∴M∴, qui souhaite poursuivre au-dehors l’œuvre entreprise dans le Temple, est-elle alors utopie, chimère, mensonge ou encore vertu ?

Attachés avant tout à ce qui peut prendre valeur universelle et en dehors de toute recherche d’une rédemption nouvelle, nos Frères et nos Sœurs pensent intuitivement que seule une association de tous les humains, au-delà de leurs inévitables différences, peut permettre la survie de l’humanité.

« Mais qui sommes-nous pour juger ? En vérité, le monde du XIXème siècle n’est plus le nôtre. La surpopulation qui menaçait alors est devenue partout une fatalité. L’aristocratie s’est dissoute dans une sorte de jet-set décomposée par les liftings, ensevelie dans des villas blindées. Ces fausses élites ne bavardent plus que du prix des choses qui n’ont plus de prix. Et les rares philosophes qui philosophent encore n’ont ni le temps ni l’envie de patauger dans l’eau répugnante de leurs piscines. L’idée excessive et candidate d’un homme perfectible n’effleure désormais plus leurs lèvres », Frédéric PAJAC (Le nouvel imbécile – février 2006).

L’Histoire montre que toutes les institutions ou sociétés humaines qui ont survécu sont celles qui ont su préserver jalousement leur identité.

Pour que la spiritualité humaniste dont nous sommes porteurs, et dont notre siècle a cruellement besoin, soit diffusée dans toute son ampleur, il est indispensable de servir le R∴M∴ pour qu’il nous serve à… servir.

La parole a disparu avec le Maître H∴. Nous sommes en deuil et sommes devenus les fils de sa veuve. Mais, nous espérons malgré tout grâce à la parole substituée. La quête de cette parole est indissociable pour nous de la quête de la parole du R∴M∴.

Comment pourrions-nous bâtir l’édifice de ses interprétations sans être nous-même ?

Restauré dans ses valeurs, le R∴M∴ montre l’authenticité à laquelle la permanence de notre action doit servir. Être à la recherche de la parole perdue, c’est être aussi à la recherche des Hauts Grades du R∴M∴, perdus puis retrouvés.

À quoi servons-nous sinon à la transmettre ?

Bernard SOBEL, paraphrasant SHAKESPEARE, disait récemment : « Donner aux hommes autre chose que ce dont ils ont besoin, c’est déjà les considérer autrement que comme des animaux. ».

Pensée et action sont intimement liées dans tout processus initiatique authentiquement maçonnique dont l’outil et le symbole demeurent les indispensables médiums de la connaissance et de sa transmission.

N’est-ce pas, peut-être, ce à quoi nous invite le dramaturge Frank CASTORF lorsqu’il déclare récemment : « Je ne m’intéresse pas aux systèmes idéologiques, mais à l’individu et à sa responsabilité. Nous vivons dans une époque post-scientifique qui redonne de l’importance à la spéculation et à l’intuition ».

C’est ainsi qu’en servant au mieux l’ensemble de nos objectifs, nous servons au mieux ceux de l’ensemble de l’humanité.

Cette démarche hautement maçonnique consiste à servir le R∴M∴ dans son fond, son contenu, sa vérité et sa continuité historique, c’est-à-dire dans toute sa noblesse.